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: Ce monde qui s’est effondré • Par Abdoulaye Bamba DIALLO

Consultation ou élection. Le barnum électoral du référendum a rendu son verdict. L’abstention trône sur la plus haute marche du podium reléguant, le oui à la seconde place, tout juste avant le Non. Ce tournant du 20 mars 2016 marque notre entrée dans un nouveau monde politique et social. Le comportement du corps électoral vient de démontrer à suffisance, une maturité de celui-ci beaucoup plus grande que les postures dans lesquelles se vautre la classe politique actuelle. Ce hiatus exprime une nette différence dans la perception des affaires de la cité, voulue par les populations au contraire des attitudes politiciennes des acteurs politiques privilégiant leurs intérêts personnels et égoïstes, au détriment de l’intérêt général et des desiderata des citoyens. L’action politique au Sénégal va forcément changer de paradigme pour ceux qui veulent rester dans le cercle des leaders ayant un destin.
Macky Sall, avec ses quinze propositions étalonnées sur le référendum du 20 mars qui vient d’obtenir un oui étriqué - un référendum étant forcément plébiscitaire - a bel et bien proposé un arsenal de mesures allant dans le sens de la consolidation de la démocratie. Aucun esprit clairvoyant ou averti, républicain et démocrate convaincu ne peut remettre en cause de telles propositions. C’est seulement au niveau du respect de la parole liée à une promesse électorale, suivie d’un engagement présidentiel après son accession à la magistrature suprême que le Président a trébuché du fait d’avoir mis la Morale avant le Droit. Ceci s’est avéré finalement être un guet-apens politicien dans lequel des adversaires politiques ont tenté de l’enserrer pour en faire un nœud gordien. La loi fondamentale le forçant à passer par le Conseil Constitutionnel et le référendum pour la révision de la durée du mandat présidentiel afin de le ramener de sept à cinq ans. Il n’a pas su asseoir la bonne communication pour l’expliquer et ses adversaires, eux, ont ainsi transformé la consultation référendaire en une sorte d’élection présidentielle à un seul tour, substituant le pour ou le contre Macky en lieu et place du oui ou du non du référendum sur la durée du mandat présidentiel. Et le Président Macky Sall, lui même, a fini par tomber dans ce stratagème en personnalisant le débat sur l’exercice de ses quatre premières années de magistère. Pour sa défense, n’a-t-il pas soutenu que personne n’ose l’attaquer sur son bilan qu’il sait être à son avantage. Certes, mais à mi-mandat, il n’est pas étonnant que sa méthode de gestion des affaires publiques ait pu générer des déçus, des frustrés et des insatisfaits. Et cela a fait autant l’affaire du non que de l’abstention.
Sans oublier que dans le rang de ses partisans, de ses alliés et surtout des transhumants qui l’ont rejoint, certains ont des comportements et des attitudes qui agacent.
L’avertissement de l’électorat est donc révélateur du blues qui secoue une partie des populations et constitue surtout une sérieuse alerte sans frais pour le moment à l’ensemble de la classe politique sur le chemin menant aux prochaines consultations électorales. Les Sénégalais veulent être gouvernés autrement. Pas comme on le fait depuis l’époque de Lamine Gueye ou de Senghor sous la période coloniale avec un tintamarre de paroles et d’invectives lors des meetings, la distribution de colifichets lors des parades ainsi que la sollicitation de « Ndiguel » auprès des marabouts. Ils ne sont ni des marionnettes ni des assujettis à des politiciens ou des religieux. Ils ont besoin d’être convaincus par les idées et un programme. Ils exigent d’être séduits avec des valeurs et un leadership affirmé.
C’est avec la carte d’électeur que depuis plusieurs années, qu’ils sanctionnent positivement ou négativement ceux ou celles qui s’offrent à gérer la Cité. Cela est heureux et tout homme politique qui se croit investi d’un destin national ou local est tenu de bien le comprendre. Il s’y ajoute que dans le même temps, le rajeunissement des élites politiques semble être d’une urgence absolue. Sans compter que le Président Macky Sall doit rétablir avec promptitude ses relations avec les élites intellectuelles de son pays, s’il veut se donner les chances d’obtenir un second et dernier mandat présidentiel.
Retenez que la prochaine présidentielle prévue est celle de février 2019 avec une arrivée de jeunes et nouveaux électeurs ayant vu le jour au tout début du magistère de Me Abdoulaye Wade en l’an 2000.


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