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EDITORIAL : Par Issa SALL : En avril ne te découvre pas…

Le mois d’avril est celui de tous les changements majeurs au Sénégal. Me Wade, prédécesseur de Macky Sall a limogé Idrissa Seck durant ce mois d’avril et deux chefs d’Etat-major de l’armée. Cela ne lui a pas porté chance. Sans doute parce qu’il avait oublié l’adage : « avril ne te découvre pas d’un fil… en mai, fais ce qu’il te plaît ».
Macky Sall, lui, semble fidèle à la maxime. Il n’a pas bougé d’un iota même sur le cas gambien. Ce ne sera pas en ce mois d’avril que des bouleversements importants seront enregistrés, sauf s’il prenait quelques décisions durant la dernière semaine.
Ainsi donc, n’avons-nous eu droit qu’à un défilé militaire impressionnant. Point. Le chef d’Etat-major des armées lui a obtenu une étoile de plus. Il l’a bien mérité. Et puis le ronron gouvernemental a repris. Il n’y a pas eu le remaniement ministériel que la presse prédit chaque jour, comme si elle souffrait d’autisme. Sans doute, c’est pour se donner du grain à moudre. L’actualité est si pauvre qu’il faut en créer pour vendre du papier, même s’il s’agit d’une information qui n’en est vraiment pas une. Les faits divers n’ont aucune originalité : viols et pédophilie. Ces terribles crimes sont devenus d’une banalité inacceptable.
Fort heureusement, les turpitudes du chef d’Etat voisin, Yaya Jammeh, offre une belle opportunité pour faire du Jammeh bashing. Il est si facile de taper sur le crâne du président gambien. Ses déclarations sont toujours aux antipodes de ce qui est généralement accepté, à la lisière de la bienséance. Ses faits et gestes frôlent le ridicule. Mais, quelques fois, il ne fait pas rire du tout. Pour rappeler à ceux qui le prennent pour un Ubu très drôle, qu’il ne l’est point, il fait disparaître un opposant ou tue un journaliste. Une manière sanguinaire de rappeler que le calme plat ne fait pas croire à ses opposants qu’il somnole dans son palais.
Au Sud, au Nord et à l’Ouest de la Gambie, au Sénégal donc, ces tensions gambiennes ne sont donc pas de mise. Nous sommes dans un autre monde. La presse annonce des crises profondes qui n’en sont pas, des menaces de violences politiques dangereuses, qui n’arrivent pas, des islamistes au sabre sanguinolent qui sont d’un ridicule, un scrutin explosif qui se passe sans anicroche, etc. C’est presque toujours ainsi : à la fin, rien ne se passe. Le pays a ainsi vécu quelques mois de forte montée d’adrénaline avec une dizaine de jeunes illuminés sénégalais découverts en train de faire du prosélytisme sur Facebook pour Daesh en Libye et quelques imams, la barbe fournie, mais peu amènes et qui seraient des recruteurs pour Boko Haram. Ils ont été vite alpagués et envoyés dans des cachots éloignés de Dakar la turbulente. Ensuite, le référendum a fait oublier tout cela.
Enfin, Le président Sall initiateur de profondes réformes de la constitution a vu son projet chahuté. Il a reçu une volée de bois vert parce qu’il a soumis son idée de référendum au Conseil constitutionnel. Ce machin n’a pas validé l’applicabilité de la réduction de la durée du mandat à celui en cours. Cri d’orfraie dans l’opposition et la presse de tirer sur le coupable et le complice. Son conseil juridique a quasiment été lynché par ses collègues. Au bout du compte, le référendum est passé. Les résultats publiés. Le pays n’a pas connu de tsunamis. Le train-train politique a repris.
L’affaire Diagne Fada et le groupe parlementaire de l’opposition est ainsi revenu au premier plan. Les partisans de Karim célèbrent son troisième anniversaire en prison. Ils croient toujours qu’il va sortir et aller à la conquête du pouvoir, qu’il va bénéficier d’une grâce présidentielle oubliant la peine alourdie par une « contrainte par corps au maximum ». Macky Sall ne va certainement pas gracier les 10 milliards de francs d’amende qui pèsent sur les épaules de Karim Wade et ses complices jugés en même temps que lui. Peu probable qu’il le laisse sortir de prison. Il va y passer sa peine et paiera l’amende. Lui, Bibo et les autres.
Ainsi donc le mois d’avril n’aura pas été le mois où l’on se méfie des gelées nocturnes. Des coups de sang de l’opposition. Et de quelques secousses remettant en cause une tranquillité qu’on nous envie. Au demeurant, les espoirs de solutions et de sortie de crise dans l’Education nationale et les bonnes nouvelles dans la recherche pétrolière et gazière devraient nous faire accroire que demain sera bien meilleur que nos ronspétances et nous renflouer le moral en berne. Très prochainement, on devrait quand même pouvoir enfin, faire ce que l’on veut. En tout cas, au mois de mai, le gouvernement espère bien que les cassandres vont perdre la voix.


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