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Mohamed Ali, the greatest : Ali, boma-yé*

C’est une nuit de fin d’hivernage, en ce mois d’octobre 1974, à Kinshasa. C’est l’après saison des pluies avec une chaleur moite et une atmosphère sèche et c’est avec ferveur que le public chauffe l’immense enceinte sportive qui accueille le combat de boxe.
Il fait plus que chaud. Le bruit et la fureur du public font encore monter à son paroxysme la tension. Ce public chaleureux et tonitruant est tout acquis à Mohamed Ali.

Ce combat du siècle entre Mohamed Ali et George Foreman est donc bien parti pour entrer dans les tablettes de l’histoire du Noble art. Car en cette année 1974, Mobutu en plein mysticisme de l’authenticité est le Maître incontesté du Zaïre de l’époque. Don King est lui le jeune promoteur afro-américain de boxe, le plus audacieux aussi. George Foreman, détenteur du titre de champion du monde des poids lourds de boxe a détruit tous ceux qui lui ont été opposés. Et il devrait en être de même face à son challenger Mohamed Ali déchu de son titre en 1967 pour avoir refusé d’aller combattre les Viêt-Cong sous les couleurs de la US Army.
Cette conjonction d’intérêt avait suffi à faire de cet affrontement l’événement sportif le plus médiatisé de cette année-là.

Cassius Clay

« Dorénavant, je m’appelle Mohamed Ali. Je renonce à mon nom de Cassius Clay qui est un patronyme d’esclave voulu par les Blancs qui avaient pris en esclavage mes ancêtres. » Tout le style et la gouaille de l’enfant de Louisville entré dans le monde de la boxe sous celui de Cassius Clay et qui va rester célèbre dans la légende du Noble art sous celui de Mohamed Ali est résumé par cette sentence définitive.
C’était juste au milieu des années, en 1964, quand après une rencontre décisive avec Elijah Mohamed, le fondateur des Black Muslims, et Malcom X, il décida de rejoindre leur rang. Tout de suite, le Fbi sous la férule du raciste et anti-communiste Edgard Hoover prend très au sérieux le danger que peut représenter en terme de symboles cet engagement de cet ancien médaillé d’or olympique américain.
L’Amérique est en plein dans les années Lyndon B. Johnson qui précédait de peu les années Richard Nixon. C’est l’époque de la lutte urbaine pour les droits civiques par les populations de couleurs luttant contre la ségrégation raciale qui les confinait presqu’au rang de bêtes de somme. Ainsi, si le Révérend Martin Luther King promeut la non violence et défend la lutte pacifique à travers des discours et des marches pour les droits civiques, les Black Panther’s optent pour la lutte armée et guérilla urbaine. Dans toutes les grandes villes américaines, les ghettos sont à feu et à sang avec des affrontements permanents entre les jeunes noirs et les forces de l’ordre.
La coiffure afro et le slogan « black is beautiful » sont portés en étendard par toute la jeunesse et l’intelligentsia afro-américaine. L’émergence du « Black Power » fait peur à l’establishment traditionnel américain. Les représailles frappent dures les élites noires. N’y échappent pas Mohamed Ali, Malcom X et les Black Muslims sans oublier les leaders du Black Panther’s Party que sont El Ridge Leroy Cleaver, Stockly Carmikael, Huey Newton. Mohamed Ali reste droit dans ses bottes et malgré les représailles refuse de céder.

A change is gonna come

C’est aux Jeux Olympiques de Rome en 1960 que Cassius Clay, un jeune noir à la carrure imposante et avec la plastique d’un Dieu grec ou romain remporte la médaille d’or des poids lourds. Depuis les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 avec les exploits de Jesse Owens, jamais un athlète noir afro-américain n’avait autant marqué les esprits.
Tout comme depuis Joe Louis et Ray Sugar Robinson, jamais un boxeur noir américain n’avait étalé autant de classe et de puissance en début de carrière.
En devenant professionnel après les Jeux de Rome, Cassius Clay veut entrer dans la légende de la boxe comme le plus grand, le plus beau et le plus fort. Quelques années plus tard en triomphant de Sonny Liston alors champion du monde, il devient le n°1 de la boxe mondiale. La naissance de sa légende démarre après cet exploit. Reprenant les encouragements de son entraineur, il proclame qu’il virevolte comme une abeille autour de ses adversaires avant de les piquer et de les envoyer au tapis.
Il venait de faire entrer la boxe dans une nouvelle ère. Celle du spectacle, du show, du marketing, de la danse. Tout en restant un sport.
Ses débuts de boxeur professionnel lui font gagner beaucoup d’argent qu’il utilisa mal et se fait escroquer par ses propres congénères des « Blacks muslims » qui l’avaient pourtant délivré des chaines de l’esclavage en lui donnant une nouvelle conscience sociale et politique. Mohamed Aly devient l’objecteur de conscience n°1 des tenants du pouvoir fédéral de Washington en refusant d’aller en guerre au Vietnam. Son titre de champion du monde lui est retiré, ses avoirs financiers bloqués. Il se retrouva sans le sou et renia son engagement auprès des « Blacks muslims ». Ainsi après les jours de gloire, le chemin de croix débute-t-il pour lui. Il en verra de toutes les couleurs et connaîtra de nombreuses désillusions.
Pourtant en ce milieu des années 1960, un compositeur et talentueux chanteur afro-américain du nom de Sam Cooke dont Ali est un grand admirateur fervent partisan de la Naacp organisme luttant pour l’avancement des gens de couleurs pour les droits civiques, annonce dans une de ses chansons les plus célèbres que le changement est en train d’arriver. Richard Nixon a remplacé Lyndon Johnson à la Maison Blanche, Barry Goldwater raciste et défenseur du Ku Klux Kan est toujours gouverneur du Texas, mais les Etats-Unis ont rejoint et dépassé l’Union Soviétique dans la conquête de l’espace avec les programmes de Gemini et Apollo. Dans le même temps, le révérend Martin Luther King a organisé la célèbre marche de Washington et y a tenu son célèbre discours « I have a dream », John Carlos, Lee Evans et Tonny Smith aux J.O de Mexico en 1968 ont brandi sur le podium des 400 mètres le fameux poing ganté du Black Power. Sans oublier Angela Yvonne Davis qui arbore sa coiffure afro sur le campus de son université de Berkeley en Californie où elle enseigne à des étudiants de toutes les couleurs. Et plus tard, James Brown entonnera « Say it loud. I’m black and I’m proud ».
Véritablement, les artistes, les intellos et les sportifs afro-américains avaient raison et vu juste. L’Amérique allait connaître des changements à défaut de mutation ou de révolution.
Les déroutes de l’armée américaine à Hue et à Da Nang malgré les déferlements d’armes chimiques dans les rizières du Vietnam, du Cambodge finiront par aboutir aux accords de paix de Paris entre les Usa et le Vietnam réunifié. Mohamed Aly peut retrouver donc ses droits civiques.

Mobutu, l’Authenticité, le Zaïre
A la recherche de sa couronne perdue et après plus d’une dizaine d’années sans combats avec des adversaires de sa trempe Mohamed Aly a trente-deux ans bien sonnés trouve une opportunité de le faire avec l’offre de Don King, un promoteur sulfureux et controversé en rencontrant le champion du monde en titre en terre africaine de Kinshasa au Zaïre.
Le Président Mobutu, prédateur des richesses naturelles de son pays, souffrait d’un isolement diplomatique sur la scène internationale et avait fortement besoin de redorer son blason. Mohamed Aly avait tout à gagner dans ce « business », de l’argent, une couronne et une belle revanche sur ses détracteurs. Il le réussira après un dur combat, éprouvant et haletant. Mais tout le pays de Mobutu et tous les noirs du monde étaient avec lui.
Le combat du siècle de Kinshasa marque la résurrection d’un grand champion même si après, Aly ne retrouva plus jamais son meilleur niveau. Mais sur la terre de ses aïeuls, il avait bien tué « Cassius », l’esclave des Blancs d’Amérique.
Abdoulaye Bamba DIALLO

*Ali, tue-le en Lingala


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