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Valdiodio Ndiaye de la mission d’observation de la société civile sur le parrainage : « Si tout était géré pendant 48 heures comme le dit la loi »

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Valdiodio Ndiaye, membre du Collectif des organisations de la société civile pour les élections qui dirige le programme SUNU Elections est un privilégié. Il fait partie des sept membres de la société civile qui ont reçu une invitation de la part du Conseil constitutionnel pour venir observer le traitement des dossiers des candidats à la présidentielle de 2019 concernant le volet spécifique du parrainage. Dans cet entretien accordé avec NHnews il revient de long en large sur les péripéties rencontrées notamment par les leaders politiques qui n’ont pas pu surmonter l’épreuve des parrainages. 

Entretien 

  • NHnews : Vous faites partie de la mission d’observation de la société civile qui a siégé au niveau du Conseil constitutionnel pour s’occuper de la question du parrainage. Pourquoi teniez-vous tant à observer le processus ? 

Valdiodio Ndiaye : « Cette mission d’observation relève  d’une invitation du Conseil constitutionnel. Nous l’avons sollicitée. C’était dans le cadre de la mise en place d’un collège de facilitateurs qui avait comme objectif de travailler à l’apaisement de l’espace politique. Dans les démarches, nous avons rencontré quasiment tous les organes de gestion des élections en posant les problèmes de fond les concernant. On a posé le problème du renouvellement des mandats de la CENA. 

Avec le Conseil constitutionnel, nous avons posé le problème du renouvèlement de deux membres de l’époque. L’un était en fin de mandat, l’autre devait achever son mandat au mois d’octobre. Enfin, nous les avons interpellés sur comment ils vont gérer le parrainage. Nous avons formulé l’idée d’observer le processus pour en tirer le maximum d’éléments possibles. Avec un objectif clair, c’est à dire voir s’il y avait une approche de traitement équitable des dossiers. »  

  • Comment les sept sages ont-ils réagi par rapport à votre demande ? 

« Dans un premier temps, nous avons eu un fin de non recevoir. Par la suite, nous avons été contactés par le président du Conseil constitutionnel. Il nous a signifié qu’à l’issue de discussions en interne, les six autres sages ont opté pour le principe. Ils nous ont invités à venir voir l’expérimentation de leur site. Ils avaient décidé de communiquer. C’est important. Nous avons assisté aux dépôts des dossiers et le traitement des candidatures  en ce qui concerne le volet spécifique du parrainage. »

  • Qu’est ce qui a conduit à la mise en place du dispositif de vérification des parrainages ? 

«En date du 23 novembre 2018, le Conseil constitutionnel a sorti une décision portant mise en place d’un dispositif de vérification des parrainages fixant les modalités de son fonctionnement. Ils ont dit qu’ils ont un dispositif informatique qui va traiter les questions des doublons etc. Ils priorisaient un traitement informatique du parrainage. Et que subsidiairement, ils vont échantillonner les fiches physiques. » 

  • Qu’en est-il concernant les limites du système ? 

« Au moment de la vérification des parrainages, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait un nombre important de doublons. Qu’il y avait d’autres types de rejets qui ne faisaient l’objet de précisions. Mais c’est la première fois que le Conseil constitutionnel s’ouvre à d’autres acteurs. C’est quand même un gage de transparence. Deuxièmement, quasiment tous les candidats étaient au même pied d’égalité. Il n y a pas eu de traitement de faveur.» 

  • Ce qui dire que le logiciel n’est pas bon ? 

« Il appartient au Conseil constitutionnel de définir ces aspects là. Pour certifier que le logiciel n’est pas bon, il faut commettre des experts qui puissent être en mesure de traiter la question. Personne parmi nous n’est informaticien, encore moins les spécialistes du Conseil constitutionnel. Il faut qu’à l’avenir que les candidats potentiels et leur mandataire ou  des informaticiens soient associés dans la conception, qu’ils  comprennent comment le logiciel est paramétré, comment il traite les cas de doublons internes et externes, ce qu’on met dans les contenus « autres rejets ».

Le fichier électoral est décliné comme cela. On met votre nom, votre prénom, votre date de naissance, le numéro de carte d’électeur et la signature. Maintenant, il suffit juste que vous fassiez une erreur sur le nom de famille, de la personne pour que le parrainage soit rejeté. Sous ce rapport là, il est important de revoir, de redimensionner le champ de paramétrage des rejets. Evidemment, je ne peux pas me prononcer de manière péremptoire pour dire qu’à la limite de ces constats là, le système n’est pas bon. Je peux dire que le système nécessite d’être parfait. Il y a énormément de manquements qui sont de nature à impacter sur les droits des candidats. Avant d’expérimenter ce système, il fallait d’abord le mettre à l’épreuve. » 

  • Donc parmi les candidats qui ont été recalés, certains sont victimes de ce système qui n’est pas parfait ? 

« Absolument ! Je le dis de manière systématique. Par exemple, l’article L 57 dit juste 48 heures pour permettre aux candidats de pouvoir remplacer les doublons.  Si nous prenons le cas de Malick Gackou qui avait par devers lui presque 20.000 parrainages, on l’avait limité à 8800 parrainages à changer. Si dans les 48 on lui avait notifié automatiquement le cas d’espèce, il serait venu immédiatement introduire les 8800.

Et dans les 8800 si on rejette 546, ce qui est le cas actuellement, ce qui fait qu’il n’a pas atteint le nombre de 53.000, on pouvait lui donner immédiatement l’opportunité de mettre 500 nouveaux parrains. Si tout était géré pendant 48 heures comme le dit la loi… Tout cela, c’est des limites de la loi. Le fait, par exemple, de fixer au-delà de 48 heures les dispositions et de leur laisser juste un jour pour traiter leur parrainage, cela réduit les chances du candidat de participer à l’élection présidentielle. » 

  • Qu’est ce que vous suggérez ? 

«Je pense que même dans les examens, il y a des systèmes de repêchage. On devrait faire preuve de beaucoup plus de compréhension dans le traitement de ces dossiers là. Egalement, concernant les candidats comme Bougane et Pape Diop qui ont montré qu’il avait des erreurs d’enregistrement de leur chiffrage, on pouvait leur permettre de faire des recours. Aujourd’hui, il n’est pas trop tard pour bien faire.

Le Conseil constitutionnel peut user de ses prérogatives vu qu’il la capacité de prendre des décisions qui s’imposent. Le Conseil constitutionnel a encore le temps de pouvoir traiter les dossiers avec beaucoup de compréhension pour permettre à certains candidats de pouvoir participer à la présidentielle. Lors des législatives passées, le Conseil constitutionnel avait pris une décision qui autorisait tous les citoyens à voter avec les anciennes cartes d’identité. » 

  • Pourquoi vous société civile avez accepté d’observer le processus sachant que le logiciel utilisé n’est pas parfait ?

«Quand vous observez quelque chose, vous n’êtes partie prenante de la conception des outils de gestion. Vous venez voir si cet outil est inclusif, s’il prend en compte les intérêts des uns et des autres. C’est pourquoi on formulé des recommandations pour parfaire le système à court, moyen et long terme. »

  • Quelles sont les garanties qui vous ont été données par le Conseil constitutionnel ? 

« Le Conseil constitutionnel a compris le sens de notre message. Que le système qui a été mis en place n’est pas tout à fait éprouvé. En acceptant la présence des partis politiques et de la société civile, quand même, il faut reconnaitre qu’il est allé dans le bon sens. » 

  • A quel genre de problème peut-on être confronté à l’avenir avec ce système de parrainage ? 

Dans nos recommandations, nous avons demandé que l’on procède à une évaluation exhaustive de ce processus. Je lance un appel aux politiques et à l’Etat. Si l’on n’anticipe pas sur ces questions là, cela va être dix mille fois plus compliqué de traiter les parrainages lors des élections locales. Où les fiches de parrainage seront traitées lors des élections locales ? Est-ce qu’il y aura assez de logiciels au niveau des sous-préfectures et des préfectures ? Nous allons vers un grabuge plus monumental.

Est-ce que les cours d’appel auront suffisamment de moyens pour traiter région par région, département par département, arrondissement par arrondissement avec plus de 7000 candidats par commune ? Bien écrire une loi c’est bien. Mais, l’application pratique de la loi nécessite une réflexion sérieuse et approfondie.

Entretien réalisé par Omar Ndiaye

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